LETTRE A TOUS LES INSOUMIS ET A CEUX DE MES AMIS QUI NE LE SONT PAS ENCORE

 DANS LE BUT DE FAIRE TRIOMPHER NOTRE AVENIR EN COMMUN ET JEAN LUC MELENCHON

 

  Mon cher Papa,

Depuis que tu as décidé de partir un matin de juin 2002, j’ai souvent pensé à toi et je t’ai envoyé par mal d’ondes positives sans savoir si ça sert à quelque chose. Là, j’ai décidé de t’écrire.

Tu sais Papa, il se passe de drôles de choses en France et dans le monde. Pour commencer, je me rappelle quand tu me racontais ta vie. Tu me disais que Pépère Lazare et Mémère Maria t’avaient porté sur leur bras et sur leur dos pour traverser les Alpes par le mont Cenis pour fuir Mussolini et ses chemises noires.

Tu me disais aussi que tu avais été élevé dans les rues de la zone du côté de Nanterre et que tu n’avais pas pu passer ton certificat d’études vu qu’à 11 ans tu montais les journaux aux riches bourgeoises du 16e arrondissement, et qu’à 14 ans tu travaillais comme mitron, ce qui t’a fait loupé le certif.

Je me rappelle aussi, qu’avec Maman, qui avait le brevet mais qui n’a pas pu être institutrice parce qu’elle était élevée par deux veuves de guerre, vous aviez installé une buanderie pleine de livres, des livres d’histoire, de cape et d’épée, des romans policiers et des romans tout courts.

Je me rappelle aussi que nous avons fait le tour de France pour t’accompagner, Papa, vu que tu étais calorifugeur et qu’il y avait du travail dans les ports et dans les usines de produits chimiques. C’est le dimanche quand tu étais en repos à Berre, Dunkerque, Boulogne, Pornichet, Saint-André-de-l’Eure que j’ai découvert tes amis et tes compagnons ouvriers. Avec maman, je remplissais les enveloppes des feuilles de paie pour qu’elle y mette les noms et les adresses. C’est comme ça que j’ai découvert la carte de l’Europe et de l’Afrique du Nord. Tu te rappelles, quand Rahmouni et Saïd nous envoyaient ces merveilleux colis de papier kraft avec des timbres multicolores et à l’intérieur, des figues, des dates, des roses des sables...

papaetmoi

 Je me rappelle bien d’autres choses qui me reviennent. Quand l’Italie de ce salaud de Mussolini s’est branchée avec les nazis d’Hitler, la France a chassé tous les jeunes Italiens, et tu t’es retrouvé dans l’armée fasciste que ton père Lazare, mon grand-père, avait fuie. Heureusement, tu étais malin, tu t’es sauvé bien vite, tu as repris le chemin du Mont Cenis et tu as passé la guerre à nourrir tes parents et ta jeune sœur par toutes sortes d’expédients.

Ne t’inquiète pas, je ne vais pas continuer sur cette lancée, vu que ta vie, tu la connais mieux que moi.

Non, ce que je veux te dire, c’est que je me rappelle ta tristesse chaque fois que De Gaulle et la droite l’emportait. Je me rappelle ta haine contre les socialistes de la SFIO qui à ton avis avait préparé Pétain et tous les renoncements. Tu étais communiste de cœur, de théorie, mais bien plus encore anarchiste, car l’ordre imposé par les autres ne t’allait guère, insoumis et rebelle que nous sommes chez les Morisi.

Ce que je veux te dire surtout, c’est que 15 ans après ta mort, il se passe quelque chose qui t’aurait ému aux larmes, italien de la montagne par le sang et le tempérament, mais français admiratif de la Grande Révolution, qui te passionnait.

Et bien vois-tu, un des socialistes que tu détestais tant a quitté le rang et s’est mis à jouer les Garibaldi, plus les Gramsci, plus les Sacco et Vanzetti. Il a fini par convaincre tes copains communistes, en tout cas la plus grande d’entre eux, Mme Marie George Buffet que, je crois me rappeler, tu aimais bien.

Mais pas seulement, lui et ses amis, dont je fais partie depuis 8 ans, ont travaillé comme des fous à convaincre les bons à rien, comme tu disais (je me rappelle ta phrase : « Seule la bêtise donne une idée de l’infini... ») pour qu'ils nous rejoignent !

Eh bien merveille, à la force des horreurs, des injustices, des violences du patronat et des renoncements de socialistes, mais pas seulement, nous avons réussi à avoir 11% et 4 millions à la présidentielle d’il y a cinq ans...

Et là, papa je te le jure, il se passe quelque chose que toi et Maman auriez adoré : nous sommes des dizaines de milliers, des millions à croire à l’impossible ! Vous verriez, place de la République, sur le Vieux Port à Marseille, à Toulouse, dans toute la France, les espaces sont trop restreints, les salles trop petites pour recevoir le peuple souriant, gracieux, intelligents, les jeunes et les vieux, les briscards de toutes les défaites et les novices à peine nés à la République – si si, des noirs, des musulmans, des juifs, des orthodoxes, des on-ne-sait-pas-trop : tous ensemble autour d’un programme d’une humanité interminable, tous prêts à nous sacrifier, pour que votre petite fille (une merveille, elle est diplômée de Science Po avec mention, vous vous rendez compte, d’où on vient ! Et puis, elle s’y est mise depuis Londres, elle se bat elle aussi)... Et tous les enfants de la République d’où qu’ils viennent puissent avoir un avenir, respirer de l’air pur, ne pas être traités comme des chiens, lutter contre la guerre...

Je sais, tu vas encore dire que j’ai des grandes idées mais que c’est comme en 68, que ça manque de réalisme...

Et bien non, si tu voyais dans ton domaine, qu’est-ce que tu nous aurais servi, toi, avec tout ce que tu savais faire comme tonton ; tous les deux sur les bancs de la communale en semi haillons, lui le fils de chiffonnier et toi le fils de Rital ! Lui qui est devenu chef de l’atelier chaudronnerie de chez Dassault et toi conducteur de travaux dans une usine Sevezo 2 !

Bon, je vais m’arrêter. Je ne sais pas combien de temps la communication entre nos deux mondes peut durer...

Ce que je veux te dire Papa, et à toi aussi Maman, c’est que dimanche va se jouer quelque chose de formidable.

papymamietmoi

C’est grâce à vous que je peux vivre ça, grâce à vous et grâce à tous les braves gens inconnus, méprisés, manipulés, mais fiers et inexorables.

Alors c'est promis. A toutes et tous, on va essayer d’être à la hauteur de ceux de 89, de 1830, 48, 71, de 1936 à toutes les grèves, y compris celles de 68 et de 95.

Promis, vos peines, vos sacrifices, vos espoirs, on va les arroser, les faire repousser et rendre la vie impossible à tous ceux qui nous oppriment depuis la nuit des temps.

Bon, je vous envoie des images de jardin d’Eden, une pluie irisée, des lumières jamais vues et un vent d’amour infini. Saluez les gens que je connais et annoncez leur la bonne nouvelle.

En particulier à Manuel Navarete, réfugié de la guerre d’Espagne, qui m’a offert mon premier Atlas du monde.

Non, non, n’insistez pas, j’ai une révolution à finir, je vous rejoindrai plus tard.

Votre fils Mario